Musk prend la parole : « Ce n’est pas acceptable de voler une œuvre caritative »

14

La bataille juridique aux enjeux élevés entre Elon Musk et Sam Altman est passée des manœuvres en coulisses aux projecteurs des salles d’audience. Mardi, Elon Musk, PDG de Tesla et cofondateur d’OpenAI, a pris la parole à Oakland, en Californie, marquant un moment charnière dans un procès qui pourrait redéfinir la gouvernance et la trajectoire future de l’intelligence artificielle.

L’affaire, déposée par Musk en 2024 contre Altman, le co-fondateur d’OpenAI Greg Brockman et Microsoft, se concentre sur un différend fondamental : OpenAI a-t-il trahi sa mission initiale à but non lucratif ?

“Fondamentalement, je pense qu’ils vont essayer de rendre ce procès… très compliqué, mais en réalité c’est très simple”, a témoigné Musk. “C’est-à-dire que ce n’est pas acceptable de voler un organisme de bienfaisance.”

Le conflit central : mission contre profit

Au cœur du procès se trouve la transformation d’OpenAI d’une pure entité à but non lucratif en une organisation hybride avec une filiale à profit plafonné. L’équipe juridique de Musk, dirigée par Steven Molo, affirme qu’Altman et Brockman, avec le soutien important de Microsoft, ont détourné une organisation caritative dédiée au « développement sûr et ouvert de l’intelligence artificielle » et l’ont transformée en un véhicule à des fins privées.

Musk demande des dommages et intérêts substantiels et le retrait d’Altman du conseil d’administration d’OpenAI. Son avocat a souligné que même si les organisations à but non lucratif peuvent avoir des filiales à but lucratif, ces entités doivent strictement faire avancer la mission de l’organisation mère. Selon Molo, l’accord initial plafonnait les bénéfices des investisseurs pour empêcher les motivations financières de prendre le pas sur les objectifs de sécurité et d’accessibilité.

Le récit de Musk : un impératif moral

Dans son témoignage, Musk a présenté la création d’OpenAI non seulement comme une entreprise commerciale, mais aussi comme une nécessité morale. Il a raconté une conversation cruciale avec le co-fondateur de Google, Larry Page, qui aurait qualifié Musk de « spéciste » pour avoir donné la priorité à la survie humaine plutôt qu’aux progrès de l’IA.

Musk a décrit en 2015 un paysage dans lequel Google possédait « tout l’argent, tous les ordinateurs et tous les talents ». Craignant un monopole sur l’IA superintelligente par des géants de la technologie à but lucratif, Musk et Altman ont formé une alliance pour créer un contrepoids. Leur objectif commun était de développer l’IA de manière responsable, en veillant à ce qu’elle reste bénéfique à l’humanité.

Les points clés du témoignage de Musk incluent :
* Urgence de l’IA : Musk pense que l’IA deviendra « plus intelligente que n’importe quel humain » dès l’année prochaine.
* Le problème du contrôle : Il a comparé l’IA avancée à un « enfant très intelligent » : une fois qu’elle est devenue trop grande pour ses créateurs, le contrôle est perdu. Il est donc essentiel d’inculquer dès le début des valeurs telles que l’honnêteté et l’intégrité.
* Dévouement personnel : Interrogé sur sa capacité à gérer plusieurs entreprises (Tesla, SpaceX, Neuralink, etc.), Musk a déclaré qu’il travaillait 80 à 100 heures par semaine, ne prenait pas de vacances et ne possédait aucune propriété de luxe.

Contre-argument d’OpenAI : Raisins aigres ?

La défense d’OpenAI, présentée par l’avocat William Savitt, dresse un tableau radicalement différent. Ils qualifient le procès de Musk de mesure de représailles suite à son départ de l’entreprise en 2018 et au lancement ultérieur d’une société rivale d’IA, xAI, en 2023.

Savitt a soutenu que :
1. Aucune promesse permanente à but non lucratif : Il n’existe aucun document documenté promettant qu’OpenAI resterait pour toujours une organisation à but non lucratif.
2. Les véritables motivations de Musk : Savitt a affirmé que la principale préoccupation de Musk n’avait jamais été le statut d’organisation à but non lucratif, mais plutôt la victoire dans la « course à l’IA » contre Google.
3. Tentative de rachat : La défense allègue que Musk a utilisé son levier financier pour intimider les fondateurs, en tentant de fusionner OpenAI avec Tesla et d’obtenir une participation majoritaire dans une structure à but lucratif.

“Nous sommes ici parce que M. Musk n’a pas réussi à obtenir ce qu’il voulait avec OpenAI”, a déclaré Savitt au jury.

Pourquoi cet essai est important

Cette bataille juridique est plus qu’une querelle personnelle ; il s’agit d’un référendum sur la manière dont la société devrait gouverner les technologies transformatrices.

  • Précédent pour la gouvernance de l’IA : Si Musk gagne, cela pourrait créer un précédent juridique selon lequel les missions d’IA à but non lucratif sont juridiquement contraignantes et opposables aux entreprises partenaires.
  • Le rôle des grandes technologies : L’implication de Microsoft met en évidence la tension entre la recherche scientifique ouverte et la commercialisation par les entreprises.
  • L’avenir de l’AGI : À l’approche de l’intelligence générale artificielle (AGI), la question de savoir qui la contrôle – et au profit de qui – devient de plus en plus urgente.

Que se passe-t-il ensuite ?

Le procès, présidé par la juge Yvonne Gonzalez Rogers, devrait durer deux à trois semaines. Musk devrait poursuivre son témoignage mercredi. À sa suite, des personnalités clés, dont Sam Altman et le PDG de Microsoft, Satya Nadella, devraient prendre la parole.

Le résultat déterminera non seulement le sort du leadership d’OpenAI, mais pourrait également influencer la façon dont les futures entreprises d’IA seront structurées, financées et réglementées dans la course à la superintelligence.